Arabe palestinien, Mgr Maroun Lahham est l'évêque de Tunis depuis 2005. Hier, à Brest,il a évoqué son expérience de chrétien dans le monde musulman.

Monseigneur, vous êtes originaire de Palestine. Que représentent aujourd'hui les chrétiens dans cette région du monde ?

Les chrétiens représentent 2 % du peuple palestinien, soit environ 200 000 personnes. Ils forment une composante essentielle de la société palestinienne. Les Palestiniens chrétiens sont d'abord des Palestiniens. La dimension nationale est essentielle.

La situation des chrétiens est différente en Tunisie ?

En Tunisie, ce ne sont que des étrangers. Il y a 22 000 fidèles de 70 nationalités différentes, 40 prêtres, 122 religieuses. Les Tunisiens chrétiens sont à peine une vingtaine. C'est une grande différence avec la Palestine. Mais les rapports sont bons. L'islam tunisien est un islam modéré. La Tunisie a l'habitude du brassage des cultures.

Quels rapports entretiennent aujourd'hui les chrétiens et les musulmans dans le monde arabe ?

Il y a de tout, du bon et du moins bon. Au Moyen-Orient, nous avons une histoire commune depuis quinze siècles. On peut même dire que les chrétiens étaient là avant les musulmans. Cela nous donne de l'assurance. Nous sommes du pays. Et, dans toutes les souffrances que nous avons connues, la dimension nationale a prévalu sur la religion. Les musulmans et les chrétiens de Palestine ont combattu ensemble, que ce soit contre les croisés, les Turcs ou, maintenant, les Israéliens.

C'est différent en Afrique du Nord ?

En Afrique du Nord, il n'y a pas d'Arabes chrétiens, hormis en Égypte. Mais ce pays appartient en fait au Moyen-Orient. Les chrétiens sont des étrangers respectés. Mais il y a des malentendus à dissiper.

En Algérie, des tensions sont survenues avec des accusations de prosélystisme...

C'est dû au zèle personnel mais imprudent de quelques chrétiens évangélistes. Cela fait du mal. On n'impose pas la foi. Surtout pas en essayant de l'enfoncer dans les crânes à coups de marteau. C'est pourquoi le gouvernement algérien a fait voter des lois sur les cultes non-musulmans. On subit le contre-coup d'un activisme qui n'est pas le nôtre.

C'est important que l'évêque de Tunis soit aujourd'hui un Arabe ?

Oui. En Tunisie, l'Église était identifiée à la France. D'ailleurs, quand ils évoquaient la cathédrale de Tunis, les Tunisiens parlaient naturellement du « sanctuaire français ». Aujourd'hui, la ligne est d'arabiser ce siège épiscopal comme cela fut aussi le cas pour celui de Jérusalem. Quand l'évêque parle aux Tunisiens ou au gouvernement, c'est un Arabe qui parle à d'autres Arabes. La foi n'existe pas en tant que telle. Elle n'existe qu'incarnée. Elle doit être acculturée. Avec un évêque arabe, les trois quarts du chemin sont accomplis.

Propos recueillis par Olivier MÉLENNEC.

Dimanche soir, Mgr Maroun Lahham présidera à l'église Saint-Louis une messe paroissiale avec Mgr Jean-Marie Le Vert, évêque de Quimper et Léon. L'office a lieu à 18 h 30.

 

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